mercredi 3 février 2016

le tremblement des émotions

Hier entre eux, un tremblement. Je crois que moi j'en tremble encore.
Elle lui a dit quelque chose de pas très gentil. 
Lui, qui a très peur ces dernières semaines que l'on meurt, nous, les siens, a fondu littéralement en larmes, avec son petit coeur chaud qui sort de la poitrine, à ne plus s'arrêter.
Puis il lui a dit, les dents serrées, l'organe brisé,  il lui a dit que si jamais il lui arrivait quelque chose demain, ce serait la dernière chose qu'elle lui a dite.
J'étais derrière le mur, j'ai suffoqué.
Cette petite fille sombre dont l'émotion est masquée et dont l'empathie est nulle a vacillé, s'est écroulée. Elle a versé des larmes sonores, surement ses premières d'émotions.
J'étais derrière le mur, estomaquée.
Elle l'a prit dans ses bras, le serrant plus que de raison, puis lui a listé toutes les choses pour lesquelles elle l'aimait tant.
Elle lui a dit que quand elle descendait en récréation elle le cherchait du regard et était soulagée quand elle l'apercevait.
Elle lui a dit qu'elle aimait les dimanches quand ils se réveillaient ensemble.
Elle lui a dit qu'il la faisait rire.
Elle lui a dit qu'elle aimait l'observer devant un film parce qu'il était beau avec ses cils sur ses yeux verts.
Elle lui a dit je t'aime.
J'étais derrière le mur, absolument secouée.
Moi elle ne m'a jamais dit ces choses là. La frôler est difficile, ma main sur son épaule déjà trop. Cependant elle grandit, elle acquiert les codes sociaux. Mais quand elle sort de l'école je sais que son étreinte est fausse. Oh elle a bien vu les autres en faire autant alors elle fait aussi. Ava. 
Ce n'est pas grave parce que ce soir elle a soulevé mon coeur. Je donne mille fois toutes les étreintes vraies du monde pour cette scène incroyable et terrible. 
Ils ont pleuré longtemps dans les bras l'un de l'autre. Je suis restée derrière mon mur, je n'y avais pas ma place.
J'ai tout de même pris une photo volée. Ils y ont les mains moites, des larmes folles, l'angoisse et l'amour dans la gorge.  Je vais la garder pour moi, je crois que ce sera le trésor de ma vie.

J'y associe cette vieille photo un poil Doisneau d'un secret-secret le long d'un minuscule port espagnol.





2 commentaires:

  1. Terriblement touchant ... l'amour fraternel ♥

    RépondreSupprimer
  2. Ce texte me bouleverse...
    Des larmes au bord des yeux.
    Et si je suis toujours silencieuse après la lecture de tes mots...cette fois-ci mes doigts pianotent plus vite que ma raison.
    Je ne connaîtrai jamais les raisons profondes qui poussent la plus belle des petites filles jamais croisée sur ce tout petit écran qui sert aux mamans, à se montrer distante et rétive aux câlins, aux caresses et à tout ce que l'on promet à une future mère.
    Comment parviens-tu Delphine, à tenir ce cap de ne jamais juger ta fragile enfant, jamais te plaindre? Ses si beaux yeux qui cachent un si terrible secret sont-ils la cause de sa souffrance qui s'exprime par cette bulle, dans laquelle elle a laissé pénétrer la peur et l'émotion? Comment sa vie d'enfant ouverte à l'art, à la musique, à la nature, peut-elle nous sembler si simple à nous, fidèles lectrices de sa maman passionnée par ce rôle d'une vie? Est-ce vraiment limpide? Le violon? L'école? Tu nous frôle de sa réalité qui la rend différente, mais est-elle différente, ton Ava?
    Pardon de tant d'indiscrétion....
    Cecile

    RépondreSupprimer