samedi 6 août 2016

Bout de cordon




Mon amie J. , je l'ai rencontrée dans ce couloir un peu froid de la maternité. 
La clinique des Bluets, Paris 12ème surement un jour de janvier 2009. 
Je ne sais pas il s'est passé quelque chose, un flux certain, un quelque chose d'inné et de fort. Je rencontrais celle qui allait devenir l'importante J.
Nous avons décidé de prendre tous nos rendez-vous les mêmes jours, à la suite l'un de l'autre, ainsi elle me gardait la délicieuse et ensuite nous allions manger absolument gras, la base on disait. 
Elle allait en vélo au travail quand moi je continuais à courir, on était bien, on riait tant. 
Des heures de messages, de coups de fils, de confidences. Un lien soudain et étonnement franc.
Le 12 novembre, elle donnait naissance à son inuit à la peau cendrée. 
Puis on l'avait imaginé, je crois un peu espéré.
Le 14 au matin je lui envoyais un message excitée, moi aussi j'arrivais. 
Elle m'a fait réserver la chambre collée à la sienne, les sages femmes ont approuvé amusées, elles ne savaient rien de ce à quoi elles allaient assister.
J'ai franchi les portes, poche percée, sourire confiant.
Et pourtant il ne se passait rien, mon bébé n'était pas encore prêt.
J'avais le droit à 24h pour qu'il se décide seul, j'ai eu un peu peur à cette annonce-ci. Dans ma tête, dans mon corps, je préparais après des mois de yoga entrecoupés de méditation et d'acupuncteur à l'accueillir de façon sereine et surtout non médicalisée. La première fois pour sa soeur pourtant, cela avait tellement roulé.
Nous voilà dans la chambre, l'amoureux, moi, puis mon amie chérie, la voisine avec son bébé tout neuf. 
Et les heures passent, nous rions mais je ne suis plus tant détendue nous sommes déjà le 15 il ne me reste plus que quelques heures.
Mon mari s'est endormi, dans cette chambre où nous tournons dans l'attente. 
J. , elle, prend les devants, elle me rassure, me fait une tisane de sauge dans l'évier, chronomètre pour mon homéo. On lui parle, à ce bébé surprise, on met nos mains ensemble sur mon ventre pour lui donner de l'énergie. 
Puis 22h après que ma poche se soit percée je suis projetée contre le mur, je crois que je lui ai dit que c'était sûr, on avait gagné.
La suite vous la connaissez peut être, Jasmin est né en deux heures trente, dans une absolue tendresse sereine, dans l'eau et des mains de l'amoureux. Je ne le raconte pas trop à nouveau parce que je vais pleurer, et moi je pleure beaucoup.
Je suis remontée dans ma chambre le lui présenter, son bout de cordon, le frère de coeur de sa jolie chérie. Il y avait des croissants, parce qu'elle avait pensé à tout.
Puis c'était la grippe A, ma délicieuse maintenant aînée n'avait absolument pas le droit de venir me rendre visite. Aussi, son papa devait la garder. Je n'aurais donc personne qui viendrait.
Alors nous avons emménagé dans la même chambre. 
Nos bébés, nous les avons collés l'un à l'autre dans le même petit berceau.
On se prenait de longues douches chaudes." N'hésite pas à l'allaiter si il y a besoin",  je le lui disais comme elle me le disait. 
On se mettait côte à côte dans le lit pour regarder des niaiseries à la télé. On se faisait livrer des sushis. 
Les sages femmes n'en revenaient pas, elles n'avaient jamais vu ça. 
Ces jours-là, avec elle, ont été si jolis (j'ai du mal à l'avouer mais j'aurais pu rester beaucoup plus longtemps). 
La vie a repris son cours, on a continué à se voir, à se permettre des rdv coiffeur non stressées parce qu'on savait que l'autre pouvait donnait son lait. L'amitié. 
Aujourd'hui les filles sont parties loin, mais nous nous retrouvons, parfois, comme aujourd'hui, et tout est toujours là. 




4 commentaires:

  1. Très joli!
    Ma fille est née aux Bluets en avril, et pour y avoir bossé pendant un an je connais l'ambiance du lieu. Et je pense que c'est bien une des rares mat' où on vous a "permis" de vivre ça. C'est une chance d'avoir une amie avec qui on peut partager ce genre d'histoires, ce genre d'allaitement; c'est rare et encore plus précieux je trouve.

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  2. Quelle merveilleuse histoire, merci pour le partage.
    On dirait un roman.

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  3. Ça me touche de lire ces jolis mots, ma fille, Lili-fée est née aux Bluets le 17/7/2009 ...

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